Deuxième semaine

A travers la forêt, Titania et Obéron. Ils apparaissent, déambulent et disparaissent. Derrière les feuillages, l’armure du roi des elfes brille, Titania la tête penchée, le nargue du haut de son bustier de plâtre. Elle lui rit au nez. Du côté du plateau, Jeanne et Lucas ont leur histoire à gérer, l’équipe du film s’affaire. On change de plan.

Après midi, jeux entre Bottom/Charles et Titania/Alix. Derrière son masque, Charles parle à Alix sans la voir, sourire espiègle et oeil malicieux. La reine des fées tombe sous le charme. L’équipe technique sourit tendrement. On reprend une vingtaine de fois la prise. Les acteurs reprennent sans moufter, dans le calme. Une atmosphère merveilleuse nous enveloppe, on s’y sent bien et pourtant… un danger semble rôder. Là tout près. On n’en dira pas plus. On termine la journée par la dernière scène du film. L’air est à la fois excitant et mystérieux.

Ce mardi matin, Puck/Brigitte arrive portée par Gilles, Annabelle et Sophie qui la hissent sur le plateau. Plus loin, deux athéniens/Victor et Chloé, roupillent entre deux branches. Brigitte du haut de ses jambes, chavire dans le décor et s’approche des dormeurs. Deux autres athéniens/Jimme et Lucie passent. Léa pousse le chariot sur lequel se tient Charles, caméra en main. Sophie dirige la perche. A mes côtés, Clément saisit la caméra factice. Les deux films se rejoignent dans le même décor dans un mouvement décidé par le Songe. La caméra de Jeanne et Lucas arrête de tourner tandis que celle de Jean Paul et de son équipe continue, filme Romain qui discute avec Alix, puis s’éteint elle aussi. Sortant du monde des songes on reprend nos esprits. On part pour déjeuner.


L’après midi, lumière minérale. Autre plan : le réalisateur/Lucas tourne un échange entre Titania et Charles. Il la pousse à aller plus loin, toujours plus. Fumées. Alix continue de jouer jusqu’au bout. Jeanne observe tendue la scène, Kader et Betsy discutent, Margaux passe. Long travelling en un plan séquence. Gilles dans un coin du plateau observe la scène l’air stressé.

Mercredi matin, scène au square de l’Observatoire. Alix joue de la trompette avec des amis. Lucas vient lui parler. Victor, Léa et Sophie bloquent la circulation. Toute l’équipe technique se gèle les fesses. Ombline se meurt. Puis on profite du temps splendide pour terminer les  extérieurs. Vient la scène des amoureux. On s’installe dans un cadre bucolique. Petit rayon de soleil. Pas besoin de réflecteur. Quelques prises. Le ciel s’assombrit. On se dirige vers l’école pour déjeuner.

Après midi, scènes dans l’atelier tissage. Une prof arrive et vient s’installer à côté d’une étudiante. Parle avec elle de son projet. Un cours normal. Le tournage s’est installé dans son atelier, elle poursuit son enseignement. Alix se met derrière une table à tisser. En arrière plan, bobines de laine. Lumière naturelle. Les machines se mettent en route dans un joyeux brouhaha. Alix aperçoit Lucas.

Jeudi dans la rotonde. Alix s’avance vers Lucas. Jean Paul s’adresse à lui : « T’y vas fort, hein ? » ; et à elle : « Crie plus fort ». Je suis derrière le moniteur avec l’équipe. A l’écran, le décor paraît défraîchi.




Le lendemain, scènes de Lucas et Hélène filmées au sous-sol, du côté des ordis.

Le soir, au dehors, la fanfare commence à accorder ses instruments. S’entraîne. Noooon pas de musique, pas maintenant. Il faut finir de tourner avant l’apéro fanfare. Vite. Une fois les plans tournés, toute l’équipe sort des souterrains, la mine pâle, le regard hagard. Prêts pour l’apéro.

Samedi, dernier jour de tournage. Il y a une espèce d’euphorie ambiante. On tourne les scènes rapidement et presque facilement. L’hosto est installé dans la salle des profs… Pour l’occasion, Victor s’est déguisé en malade. Il a accroché sa perf à un skate qu’il fait rouler à ses côtés (hors champs). Un rayon de soleil s’infiltre dans la salle. Le temps passe, la lumière tourne. Clément lance le chariot. Travelling avant.
Scène finale entre Romain et Alix dans les escaliers métalliques. FIN

Maintenant c’est au tour de Marie de monter le baby.

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Première semaine

A Quincampoix, gros problèmes de son, tensions. De retour sur le site de l’école mercredi après midi c’est le 5ème jour de tournage. On tourne d’abord en salle de sérigraphie puis en salle de sculpture où plusieurs scènes sont tournées. Un miroir, deux miroirs, trois miroirs, beaucoup de miroirs sont posés ça et là dans la pièce. Nos reflets se croisent dans la glace, des espaces nouveaux apparaissent… Le songe reprend sa route après les épisodes de l’appartement. Lucie et Victor costumés en Athéniens discutent avec Eva la maquilleuse, plus loin Gilles remue dans son costume, Kader se marre. Eva M. et Jeanne font lever Lucie et la font tourner sur elle même. Tout le monde est en action, une énorme énergie traverse l’équipe. Des étudiants traversent le champ. Ça bouge, ça vit et ça swingue. Devant la scène, l’équipe technique filme et s’amuse. A la fin de la journée, Jean Paul semble content.

swingues

Le lendemain, jeudi matin, 6ème jour, scène dans les bureaux de la bibliothèque. Deux bibliothécaires sont mobilisés. Ils se déchaussent pour marcher dans les allées sans faire claquer leurs talons. A l’arrière, du côté des vitres, on  arrête de taper sur le clavier, pour le son. Et on croit à un bureau de production.

prod

À partir de 11h jusqu’à la fin de l’après midi, studio photo, scène d’une fête. Buffet installé, lumières rouges et vertes, ombres bleues. Long réglage. Très long réglage. Les acteurs dansent dans un périmètre délimité par les projecteurs. La musique est à chier. Mais à force, on arrive à s’bouger le bocal. Au bout de quelques heures, tout le monde a pris le rythme (yep ma gueul !) et là Jean Paul demande à Charles d’actionner la caméra sans prévenir personne. Jean Paul me chope par le bras et me guide rapidement vers Alix pour que je remplace Romain. Je discute avec elle comme si je lui parlais depuis 5 minutes. Puis, on voit encore Jean Paul, plié en deux, poussant des étudiants de photo-vidéo de passage dans le studio, pour leur faire traverser le champ, derrière les danseurs. Tout le monde rigole mais fait mine de ne pas l’avoir remarqué. La caméra filme sans glousser, sisi !
Cet épisode de la fête fiche la pêche à toute l’équipe.

installation d'une fête

ombres

Jean Paul nous montre sur le moniteur un plan. Tout le monde sourit, la scène est trop excellente.


Henri Foucault passe et discute avec Jean Paul et nous des problèmes notamment que l’équipe de son a rencontré depuis le début du tournage.
Le 7ème jour était un jour étrange.

Du samedi, je n’ai que quelques photos et quelques bribes de conversations au téléphone avec des membres de l’équipe « oui, on a fait les scènes dans les loges, Charles laisse un message sur le portable de Chloé qui le jette sans arrêt. Alix dort sur un praticable. Lucas s’approche. Charles s’amuse avec son costume. » Lundi, le songe d’une nuit d’été prendra sa place dans la rotonde. Avec les décors et les costumes.


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3ème jour de tournage

Aujourd’hui ciel bleu, le soleil brille sur Paris. Mais quelque part au premier étage d’un immeuble  rue Quicampoix, les volets sont fermés. A l’intérieur, se raconte une histoire. C’est Fairyqueen qui continue. Vous n’en saurez pas plus. Pas de photos ni de nouvelles. La journée est belle, allez vous promener. A travers la forêt, avancent les songes.

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2ème jour de tournage

Samedi matin

Scène de la répétition d’un extrait du Songe, texte et impro, Alix, Jeanne et Gilles sont en studio photo. Petits problèmes de sons au début, au bout d’une heure et demie on décide de prendre le micro de la caméra qui ira très bien. Charles filme avec la HVR épaulé de Jean Paul qui le guide en jouant  lui-même Lucas.

Alix et Gilles au maquillage

 

 

 

Gilles au maquillage

Prise de Lucas en labo photo.

L’équipe se case dans les cabines et les coins  avec le matos. Long réglage des lampes, filtres, mamma et gélatines. Dans le noir, lumières étranges. Charles  se met debout sur un chariot avec sa caméra, Clément le tire lentement vers lui : travelling « manuel ». Lucas avance dans le couloir, absorbé, il regarde une flip. « On voit la perche ! » On reprend.
Dans un petit renfoncement, Jean Paul regarde le moniteur avec Margaux. Réapprentissage de la « technique » du clap à l’équipe : Moteur…ça tourne au son…Annonce : « 25/1 ». Le clap ouvre,  ferme, ouvre un peu, on court hors du champ. Action !/ allez-y !/ Vas-y ! Hors prise de vue, avec la perche Ombline enregistre le bruit le son des pas de Lucas.

Charles fait un essai lumière

Margaux fait un test

 

Pause, déjeuner sur l’herbe…tout le monde s’installe pour un pique-nique.

Samedi après-midi

Ombline sous la pluie

Scène en extérieur. Il pleut un peu. Toute l’équipe essaie de s’abriter sous des parapluies. Cadre serré. Alix, Lucas et Jeanne doivent marcher dans la rue, s’arrêter à un petit carrefour. Il cesse de pleuvoir. On commence, on arrête. Un monsieur traverse avec un son cabas de course en plein milieu du champ. Un avion passe. On reprend. Clément, Victor, Sophie et Margaux se déploient dans chaque rue pour essayer de libérer le champ. Samedi après midi, c’est l’heure de la promenade ou des courses. Petit problème de son, on entend mal les acteurs. On rectifie. La lumière baisse. Satanée nuit.

Lucas, Alix et Jeanne

 

Le soir, scène dans la rue. Lucas est seul. Bruits. Un homme accoudé au rebord d’une fenêtre parle fort avec son pote…Ça chante « joyeux anniversaire » dans le coin… Encore un avion… L’équipe se marre. Finalement la scène est dans la poche. Dans l’école déserte, Gilles, Annabelle et Sophie s’activent. Annabelle sort un énième buste de Titania. Le jupon est retravaillé, reciselé, réajusté. Ils ornent de pièces de cuivre, le cuir du costume d’Obéron. Ils ajustent la peau sur la tête de Bottom. Puck commence à chausser ses pieds de faune….

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Vendredi, premier jour de tournage

 Le matin. Séance en sous-sol

Rêves de Lucas,  conversation entre Alix et Romain. Alix s’exprime avec sincérité devant la caméra. Elle sort avec la banane.

Charles et le moniteur

Charles et Clément

Les maquilleuses, Margaux, Jean Paul et Alix

Alix

Après-midi au café saint Médard

Le tournage reprend à 15h. En attendant, toute l’équipe se repose au soleil dans un petit parc à côté. Un mec joue de la guitare. Hélène s’installe avec Noëlle la maquilleuse sur un banc.

Noëlle et Hélène

Victor, Clément, Léa, Pauline, Camille, Delphine


C’est l’heure, tout le monde se dirige vers le café, le patron nous accueille, on monte au premier, l’équipe s’installe. Le son, Camille et Nora, derrière une table,  Ombline essaie de trouve un endroit pour tendre sa perche et Hélène et Lucas s’assoient, de part et d’autre d’une table à côté de la fenêtre.

Pauline fait répéter Hélène, Jean Paul vérifie le maquillage de Lucas

Camille au son

Sophie, Léa et le réflecteur

Jean Paul regarde avec Charles l'image


On entend la machine à café en bas, la musique, un cuistot sort de la cuisine en plein milieu d’une prise. Des bruits font irruption dans la scène. En bas, la machine torréfie le café sur deux prises. Jean Paul : « quelqu’un peut demander si on peut réparer cette machine? ». Un cuistot sort encore et traverse. Tout le monde est en apnée. Il doit descendre pour chercher un plat. Silence. La nuit tombe, Ombline tient toujours la perche avec succès, Victor le texte d’une main lui indique où diriger sa perche en tirant sur son T-shirt. A tour de  rôle, Sophie, Clément, Léa ou Pauline positionnent le réflecteur. Jean Paul donne des indications précises aux acteurs.

Entre deux prises

Lucas, Hélène et Jean Paul

La nuit tombe...

 

Clément en remontant l’escalier passe la main et chatouille la cheville de Charles, Margaux regarde sur le moniteur si la lumière est bonne pour le plan, Delphine note à côté de Jean Paul les changements à chaque prise. Pauline clape. La nuit arrive, il faut accélérer. Silence. Hélène et Lucas reprennent les scènes. Ils restent très concentrés. Toute l’équipe retient son souffle. A chaque fin de prise, Hélène se marre.

 

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Au sous-sol et au 4ème

Gilles, Annabelle et Sophie avec l’aide de Pascal travaillent en atelier métal. Gilles tord la tête de Bottom dans tous les sens, la martèle, la retravaille. Trouve une forme. « Non, trop lisse, je l’ai cabossée pour qu’elle soit plus monstrueuse, qu’elle aie plus de tenue. »
Le costume d’Obéron repose sur une table. Il est fait de petits bouts de cuivre, chacun travaillé différemment par Annabelle. Des impressions de feuilles, des tâches d’oxydation, des écrous, des couleurs… l’habillent. « Il doit y avoir des ruches dans son costume, c’est le Roi des Fées, son costume vit avec lui. » note Gilles.
Un peu plus haut, en atelier de sérigraphie, Annabelle et Sophie impriment les masques des athéniens sur un voile avec Pascale.


 

 

 

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Répét’ générale

Hier, grande répétition générale avec tous les acteurs à la cafét’. Equipe des making-off prête. On est une quarantaine. On s’assoit, on se faufile pour trouver une place, on s’fait la bise. La tension est montée d’un cran. Dans quelques jours, le tournage va commencer. Jean Paul dit qu’il va passer très vite et qu’il s’annonce fatiguant. Il faut se reposer, éviter de trop sortir le soir : parce qu’un tournage c’est d’ la diététique ! Pas une goutte d’alcool pour les acteurs du Songe.. Pareil pour l’équipe technique ! On va se libérer une heure tous les jours pour déjeuner tous ensembles. On lit le texte pour se remettre le scénario en tête, pour visualiser l’histoire du film. Tout s’articule progressivement à la lecture.
Rires, silence, concentration. Le songe s’installe. Le tournage commence vendredi.

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La forêt prend son pied


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Affiche décor

L’ affiche d’une comédie commerciale « échange moi benoit » pour le bureau de production et celle d’un film muet des années 1920 inventées par Delphine et Juliette pour la chambre de Jeanne :


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Costumes, costumes

Dans les ateliers, Gilles, Sophie, Annabelle et Caroline travaillent sur le jupon de Titania.Ils découpent, cisellent le papier, comme de la dentelle.




Des feuilles d’arbre volent et se déposent  sur le futur jupon, comme dans un tableau.


Une fois le tableau déroulé, elles tourbillonneront dans l’espace.

L’équipe a travaillé les couleurs du songe, pour que de temps en temps dans les ombres des tissus surviennent d’étranges lueurs.


Gilles n’explique pas ses costumes il les raconte. Il raconte ce Songe et comment ils sont tous en train de le façonner. Pour le moment, il circule dans les couloirs avec une bassine en plastique remplie de morceaux de plâtre brisés. Je lui demande ce qu’il fait : «  oh… je me suis fait chasser. L’atelier vêtement, ils me trouvent trop sale. Je dois déménager. Ces morceaux  font partie du buste de Titania qui s’est brisé pendant une réunion avec Jean Paul. Celui-là était un peu trop mince. » Après il baladera les bustes de Titania le long des couloirs et il les placera délicatement à l’abri derrière le décor.


Grosse aide de Sébastien Gadenne de l’atelier sculpture :


Le buste de la Reine des Fées symbolise la puissance et la lumière de la forêt.
Les ciselures laissent apparaître la fragilité de la chair qui palpite.
En descendant l’escalier en spirale proche de la rotonde, je me dis qu’à tous les coups, Gilles est avec ses bustes. Et jackpot, à travers la vitre je le vois en bas, en train de les photographier amoureusement avec son portable.
Doux moment de poésie…

Redescendons plus bas du côté des sabots des habitants des bois. Les chaussures de Puck ont été taillées dans un bloc de bois. Et Brigitte, l’intrépide, va s’entraîner la semaine prochaine à marcher le plus naturellement possible. À la mode des faunes bien sûr…


Pour revenir aux simples mortels, les ornements des masques des athéniennes sont sérigraphiés avec l’aide de Pascale. Big Up à Pascale et à Caroline qui a trouvé les motifs. Les costumes des athéniens se poursuivent.


La création de Bottom avance. Il porte un masque en fil de fer qui repose sur sa poitrine et met en évidence son regard.  « Il faut qu’il regarde droit devant lui, comme ça. Si la tête était à l’horizontale, il serait gêné ».
Gilles mime Bottom, le menton replié sur la poitrine, le pas lent.

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